Section : Culture. Découvrez le projet de réouverture du cinéma Le César à Marseille, transformé en un tiers-lieu culturel hybride mêlant cinéma, spectacle vivant et convivialité.
Le 4 place Castellane, situé à Marseille dans les Bouches-du-Rhône (FR), s’apprête à entamer un nouveau chapitre. Après une fermeture qui a laissé un vide dans le quartier marseillais, le cinéma Le César prépare sa réouverture. Ce lieu historique ne se contente pas de reprendre ses activités de projection : il se transforme en un tiers-lieu culturel mêlant cinéma, spectacle vivant et espaces de convivialité. Cette initiative, portée par une intervention de la municipalité, marque une étape décisive pour la politique culturelle de la ville.
L’histoire d’un monument marseillais sauvé de l’oubli
Le cinéma Le César est un élément du patrimoine marseillais. Fondé en 1938 par Marcel Pagnol, l’établissement a traversé les décennies en conservant son indépendance. Pendant près d’un siècle, il a représenté un bastion du cinéma d’art et d’essai, offrant une alternative aux grands complexes périphériques. Toutefois, des difficultés financières ont fragilisé l’institution, menant à une issue redoutée par les habitants du quartier.

De l’héritage de Marcel Pagnol à la liquidation judiciaire
L’héritage de Pagnol donnait au César une aura particulière. Ce prestige n’a pourtant pas protégé l’établissement des mutations du secteur cinématographique. En septembre 2023, le cinéma est placé en liquidation judiciaire. Cette décision faisait suite à une baisse de fréquentation après la pandémie et à des coûts fixes devenus insoutenables pour un tel emplacement sur la place Castellane. Pour beaucoup, cette fermeture signifiait la disparition d’un repère culturel au profit d’une activité commerciale standard.
Pourquoi le rideau est-il tombé en septembre 2023 ?
Plusieurs facteurs expliquent cette fermeture. La crise sanitaire a modifié les habitudes des spectateurs, tandis que le César souffrait d’un manque d’investissement dans ses infrastructures. La concurrence des plateformes de streaming et l’émergence de nouveaux pôles de loisirs à Marseille ont accentué la désaffection d’une partie du public. L’ancien propriétaire, Jean Mizrahi, n’a pas réussi à redresser la situation, laissant un établissement endetté avec des salles nécessitant une rénovation pour atteindre les standards de confort actuels.
Le sauvetage par la Ville de Marseille : la préemption du bail
Pour éviter la disparition de ce patrimoine, la Ville de Marseille a décidé d’intervenir. Afin d’empêcher la transformation du local de 600 m² en commerce de détail ou en salle de sport, la municipalité a exercé son droit de préemption sur le bail commercial. Cette procédure juridique permet à la collectivité de reprendre la main sur la destination d’un local privé pour garantir le maintien d’une activité d’intérêt général.
Un acte politique pour la culture de proximité
Cette décision de préemption, votée en conseil municipal, traduit une volonté de préserver le cinéma de centre-ville. En rachetant le bail pour environ 29 000 euros, la mairie a affirmé que la culture ne doit pas être sacrifiée par la spéculation immobilière. Jean-Marc Coppola, adjoint à la culture, a rappelé la nécessité de maintenir des lieux de diffusion artistique au plus près des habitants, particulièrement dans le secteur de Castellane, actuellement en travaux pour l’extension du tramway.
Les coulisses de l’appel à projets municipal
Une fois le bail sécurisé, la Ville a lancé un appel à projets pour trouver un repreneur capable de proposer un modèle économique viable tout en respectant l’identité du lieu. Six candidatures ont été déposées, prouvant l’attractivité du site malgré les contraintes techniques. Le cahier des charges exigeait une mixité d’activités, une programmation d’art et d’essai et une ouverture sur le quartier. Le groupement formé par le Lucernaire et le Théâtre des Criques a finalement été retenu par le jury.
Le futur visage du César : un tiers-lieu culturel ambitieux
Le projet retenu prévoit une réinvention totale de l’espace pour en faire un lieu de vie ouvert du matin au soir. L’objectif est de décloisonner les disciplines artistiques pour attirer un public varié, tout en conservant les habitués du César historique.
Trois salles pour une programmation pluridisciplinaire
La structure interne du bâtiment sera remaniée pour optimiser l’espace. Le futur César disposera de trois salles distinctes : une salle de cinéma de 90 places pour les sorties nationales, une salle de 50 places dédiée aux documentaires et aux rencontres, et une grande salle modulable de 200 places pour les projections, le théâtre ou les conférences. Cette modularité constitue la clé du projet, offrant la souplesse nécessaire à l’équilibre financier de l’établissement.
Librairie, café et théâtre : l’hybridation comme modèle
Le nouveau projet du César entend respecter la pénombre nécessaire aux projections tout en l’équilibrant avec la lumière de la place Castellane qui inondera l’espace café et la librairie. Ce dialogue entre l’obscurité de la fiction et la vie sociale définit l’âme du futur tiers-lieu. Les visiteurs pourront assister à un film d’auteur avant de poursuivre la discussion autour d’un livre ou d’un café. Cette approche transforme la simple séance de cinéma en une expérience sociale complète au cœur du quartier.
Un projet porté par l’expertise du Lucernaire et du Théâtre des Criques
Le choix du repreneur repose sur une complémentarité d’expertises. Le Lucernaire, institution parisienne reconnue pour sa gestion de lieux hybrides, apporte son savoir-faire. Associé au Théâtre des Criques, ancré localement, ce tandem promet une programmation exigeante et accessible.
Qui sont les nouveaux visages derrière la gestion du lieu ?
Le projet est porté par des professionnels connaissant les réalités du terrain. Le Lucernaire a démontré qu’un modèle culturel diversifié peut être rentable sans renier ses valeurs. Le Théâtre des Criques apporte sa connaissance fine du tissu associatif marseillais. Ensemble, ils comptent créer des synergies, comme des festivals thématiques où une pièce de théâtre fera écho à une rétrospective cinématographique, le tout accompagné de débats en librairie.
Le calendrier de la réouverture et les étapes des travaux
La réouverture est prévue pour l’année 2026. Ce délai est nécessaire pour remettre le bâtiment aux normes de sécurité et d’accessibilité, tout en tenant compte des contraintes liées au chantier de la place Castellane.
| Étape du projet | Période prévue | Objectif principal |
|---|---|---|
| Sélection du repreneur | Juin 2024 | Validation du projet par le conseil municipal |
| Études techniques et permis | Fin 2024 – Début 2025 | Finalisation des plans de rénovation |
| Lancement des travaux | Courant 2025 | Aménagement des salles et des espaces de vie |
| Inauguration officielle | Horizon 2026 | Ouverture au public et lancement de la saison |
Ce calendrier, bien que dépendant des aléas techniques, témoigne d’une volonté d’avancer méthodiquement pour garantir la pérennité du nouvel établissement.
L’impact attendu sur le quartier Castellane et la vie locale
La renaissance du César concerne l’urbanisme et la vie sociale du 6ème arrondissement. La place Castellane, nœud de communication majeur, se transforme pour devenir plus piétonne et végétalisée. Dans ce contexte, le nouveau cinéma agira comme un pôle de dynamisme culturel.
Redynamiser le centre-ville face aux multiplexes
Face à la puissance des multiplexes en périphérie, le centre-ville de Marseille a besoin de lieux de caractère. Le César, par sa taille humaine et sa programmation différenciée, offre une alternative. Il participe à la ville du quart d’heure, permettant aux habitants d’accéder à une offre culturelle de qualité sans utiliser leur voiture. Cette proximité renforce le lien social et soutient les commerces de bouche environnants, créant un écosystème autour de la place.
Un lieu de vie intergénérationnel et accessible
L’un des objectifs du projet est l’inclusivité. Le futur César accueillera les étudiants des facultés proches, les retraités du quartier et les familles. Des tarifs adaptés, une politique de médiation culturelle et des horaires étendus permettront de toucher tous les publics. En intégrant une librairie et un café, le lieu devient un refuge contre l’isolement urbain. Cette dimension de maison de la culture constitue la force de ce projet de réouverture.
En sauvant Le César, Marseille protège une idée de la ville vivante, diverse et audacieuse. La transformation de ce cinéma historique en un tiers-lieu moderne prouve que le patrimoine peut se réinventer sans perdre son âme, grâce à une volonté politique et un projet artistique solide.